Guide à jour 2026
À retenir
- L'assurance décennale est obligatoire pour tout constructeur/artisan du bâtiment et doit être souscrite AVANT l'ouverture du chantier (loi Spinetta 1978, art. 1792 Code civil, art. L241-1 Code des assurances).
- Elle couvre pendant 10 ans, à compter de la réception, les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination.
- Trois garanties légales se cumulent après réception : parfait achèvement (1 an), bon fonctionnement / biennale (2 ans), décennale (10 ans).
- L'assurance dommages-ouvrage est souscrite par le maître d'ouvrage pour être indemnisé rapidement, sans attendre la recherche de responsabilité.
- Le défaut d'assurance décennale est un délit : jusqu'à 6 mois de prison et 75 000 € d'amende (art. L243-3 Code des assurances).
- Le client doit vérifier l'attestation : identité de l'entreprise, période de validité couvrant le chantier et activités effectivement garanties.
Qu'est-ce que l'assurance décennale ?
La responsabilité décennale repose sur l'article 1792 du Code civil : tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître d'ouvrage ou l'acquéreur, des dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Cette responsabilité court pendant dix ans à compter de la réception des travaux (article 1792-6).
Pour garantir la réparation de ces dommages, la loi impose au professionnel de souscrire une assurance de responsabilité décennale (article L241-1 du Code des assurances). Elle couvre par exemple des fissures structurelles, un affaissement, des infiltrations rendant le logement inhabitable, ou une toiture qui n'assure plus le clos et le couvert.
- Responsabilité « de plein droit » : le client n'a pas à prouver une faute de l'artisan.
- Point de départ : la date de réception de l'ouvrage.
- Ordre public : on ne peut pas y renoncer par contrat.
Qui doit la souscrire et à quel moment ?
L'assurance décennale est obligatoire pour tout constructeur au sens large : entreprises du bâtiment, artisans, architectes, maîtres d'œuvre, techniciens, bureaux d'études, ainsi que certains vendeurs ou promoteurs. La notion de « constructeur » est précisée par l'article 1792-1 du Code civil.
Le professionnel doit être assuré avant le début du chantier (« l'ouverture de tout chantier »). L'obligation vise les travaux de construction neuve comme de rénovation touchant au gros œuvre ou à des éléments d'équipement indissociables.
- Micro-entrepreneurs et artisans indépendants du bâtiment sont concernés au même titre que les sociétés.
- L'attestation doit pouvoir être présentée dès l'ouverture du chantier.
- Un sous-traitant du bâtiment reste tenu de sa propre responsabilité et, en pratique, doit être assuré.
Les trois garanties légales après réception
La réception des travaux déclenche simultanément trois garanties légales, de durées différentes :
- Garantie de parfait achèvement — 1 an (article 1792-6). L'entreprise doit réparer tous les désordres signalés à la réception (réserves) ou dénoncés dans l'année qui suit, quelle que soit leur gravité.
- Garantie de bon fonctionnement, dite biennale — 2 ans (article 1792-3). Elle couvre les éléments d'équipement dissociables du bâti, c'est-à-dire démontables sans détériorer l'ouvrage (volets, radiateurs, robinetterie, portes intérieures, ballon d'eau chaude…).
- Garantie décennale — 10 ans (article 1792). Elle couvre les dommages les plus graves : atteinte à la solidité de l'ouvrage ou impropriété à destination, y compris via des équipements indissociables du bâti.
Les trois garanties partent du même point (la réception) et se recouvrent la première année, puis la couverture se resserre dans le temps.
Décennale ou responsabilité civile professionnelle (RC pro) ?
Ces deux assurances sont complémentaires et distinctes :
- La décennale couvre spécifiquement les dommages relevant de la responsabilité décennale (solidité de l'ouvrage, impropriété à destination) pendant dix ans après réception. Elle est légalement obligatoire pour les métiers du bâtiment.
- La RC pro couvre les dommages causés aux tiers pendant l'activité courante : dégât matériel provoqué chez le client, dommage corporel, faute ou erreur d'exécution hors champ décennal. Elle n'est pas obligatoire pour tous les métiers mais est fortement recommandée, et souvent proposée avec la décennale.
En résumé, la décennale intervient sur les désordres graves de l'ouvrage après livraison, la RC pro sur les dommages causés pendant le chantier ou l'activité.
L'assurance dommages-ouvrage (côté maître d'ouvrage)
L'assurance dommages-ouvrage (DO) est souscrite non par l'artisan mais par le maître d'ouvrage — celui qui fait réaliser les travaux (particulier, promoteur, professionnel) — au titre de l'article L242-1 du Code des assurances. Elle doit en principe être souscrite avant l'ouverture du chantier.
Son intérêt : elle permet de préfinancer rapidement la réparation des dommages de nature décennale, sans attendre qu'un tribunal établisse les responsabilités. L'assureur DO indemnise puis se retourne contre l'assureur décennal du constructeur responsable.
- Obligatoire notamment en cas de construction ou de gros travaux, en particulier lors d'un projet destiné à être revendu dans les dix ans.
- En pratique, elle est peu souscrite par les particuliers pour de petits travaux, ce qui peut compliquer et allonger l'indemnisation.
Combien coûte une assurance décennale en 2026 ?
Le prix dépend fortement du métier exercé (le risque d'un couvreur ou d'un maçon diffère de celui d'un peintre), du chiffre d'affaires, de l'ancienneté et de l'historique de sinistres. À titre purement indicatif, les fourchettes couramment observées en 2026 se situent :
- Pour un artisan seul : de l'ordre de 800 € à 2 500 € par an environ.
- Pour un couvreur, maçon ou multi-activités : souvent plus élevé, pouvant dépasser 3 000 à 4 000 € par an.
Ces montants sont des ordres de grandeur : seul un devis personnalisé fait foi. Côté maître d'ouvrage, l'assurance dommages-ouvrage représente généralement de l'ordre de 2 % à 5 % du coût des travaux, réglés en une prime unique.
Sanctions en cas de défaut d'assurance
Exercer une activité soumise à obligation d'assurance décennale sans être assuré constitue un délit. L'article L243-3 du Code des assurances prévoit jusqu'à six mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende.
- L'infraction est constituée dès l'ouverture du chantier sans couverture.
- Au pénal s'ajoute une exposition civile majeure : sans assureur, le professionnel répond personnellement, sur son patrimoine, des dommages décennaux pendant dix ans.
- Un défaut d'assurance peut aussi être un motif de rupture de confiance et de litige avec le client.
Comment un client vérifie l'attestation ?
Avant de signer, le client peut (et a intérêt à) demander l'attestation d'assurance décennale. Depuis l'arrêté du 5 janvier 2016, l'attestation comporte des mentions normalisées à contrôler :
- L'identité de l'assuré (nom / raison sociale, adresse, SIRET) — elle doit correspondre à l'entreprise qui réalise réellement les travaux.
- La période de validité (date d'effet et d'échéance) : l'attestation doit couvrir la date d'ouverture du chantier.
- Les activités garanties : seuls les métiers listés sont couverts. Une activité non déclarée n'est pas assurée (par exemple un artisan couvert pour la peinture mais pas pour la toiture).
- La zone géographique, le numéro de contrat et les coordonnées de l'assureur.
En cas de doute, le client peut contacter directement l'assureur mentionné pour confirmer que le contrat est en cours et que l'activité concernée est bien garantie.
Questions fréquentes
La décennale est-elle obligatoire pour un micro-entrepreneur du bâtiment ?
À partir de quand court le délai de 10 ans ?
Quelle différence entre garantie biennale et garantie décennale ?
Qui souscrit l'assurance dommages-ouvrage ?
Un artisan peut-il réaliser un travail non listé sur son attestation ?
Combien coûte une décennale d'artisan en 2026 ?
Sources : legifrance.gouv.fr · service-public.gouv.fr · entreprendre.service-public.fr · economie.gouv.fr