Impayés : comment relancer un client et se faire payer en 2026

Relances, mise en demeure, pénalités de retard et injonction de payer : la méthode complète pour récupérer une facture impayée.

Une facture qui traîne, c'est une trésorerie qui se tend. Au deuxième trimestre 2025, les petites entreprises françaises affichaient en moyenne 31 031 euros de factures impayées pour seulement 15 710 euros de trésorerie disponible, selon l'Observatoire de la trésorerie [5]. Pour un artisan ou un auto-entrepreneur, un seul client mauvais payeur peut suffire à bloquer un règlement de charges Urssaf ou un achat de matériaux. Relance amiable, mise en demeure, pénalités de retard, injonction de payer : voici la méthode, étape par étape, pour transformer une créance en paiement effectif.

Prévenir vaut mieux que recouvrer : verrouiller les délais dès le devis

La prévention commence avant même l'émission de la facture. Entre professionnels, la loi encadre strictement les délais de paiement. À défaut d'accord entre les parties, le délai légal est de 30 jours à compter de la réception de la marchandise ou de l'exécution de la prestation. Les fournisseurs et leurs clients professionnels peuvent convenir entre eux d'un délai inférieur ou supérieur, sans pouvoir dépasser un délai de 60 jours ou de 45 jours fin de mois à compter de la date d'émission de la facture.

Ce délai doit impérativement figurer sur chaque facture, avec le taux de pénalité de retard applicable. Un devis clair, un acompte encaissé à la signature (généralement 30 % pour les artisans du bâtiment) et des CGV mentionnant explicitement les conditions de règlement réduisent mécaniquement le risque d'impayé. Tout dépassement du délai convenu expose le client au paiement de pénalités de retard et, en cas de refus persistant, à une procédure d'injonction de payer après relance ou mise en demeure.

La relance amiable : méthode, ton et calendrier

  • J+1 après l'échéance : relance téléphonique ou email courtois, ton factuel, rappel du montant et de la date d'échéance dépassée.
  • J+7 à J+10 : première relance écrite (email ou courrier simple), avec copie de la facture en pièce jointe.
  • J+15 à J+20 : deuxième relance, plus ferme, mentionnant l'application prochaine des pénalités de retard prévues aux CGV.
  • J+30 : si aucune réponse claire n'a été obtenue, passage à la mise en demeure formelle par lettre recommandée avec accusé de réception.

L'envoi d'une mise en demeure de payer dès le premier retard peut s'avérer contre-productif en dégradant la relation commerciale, le retard pouvant résulter d'un simple oubli ou d'une difficulté passagère. En pratique, un délai de 30 jours est recommandé avant l'émission d'une mise en demeure, laquelle peut être précédée de relances amiables. Un client bien informé et suivi de près paie plus facilement qu'un débiteur laissé sans nouvelles pendant des semaines.

La mise en demeure : le dernier avertissement avant la justice

La mise en demeure est un courrier recommandé avec accusé de réception qui somme le débiteur de régler la somme due dans un délai précis, souvent de 8 à 15 jours. Elle doit comporter l'identification précise du créancier et du débiteur, le montant exact dû avec son origine (numéro de facture, contrat), un délai de paiement raisonnable et la mention explicite « mise en demeure de payer ». Ce document fait courir les intérêts moratoires au taux légal et constitue une preuve essentielle de la mauvaise volonté du débiteur si la procédure va plus loin.

Autre point capital : la date d'envoi de la mise en demeure sert de point de départ pour calculer les intérêts de retard en cas d'action en justice, et son envoi est une condition de recevabilité pour engager ensuite une injonction de payer. Sans preuve de cette tentative amiable, le juge peut rejeter la requête. Pour une facture adressée à un professionnel, le délai de prescription pour agir est de 5 ans ; il tombe à 2 ans face à un particulier.

Pénalités de retard et indemnité forfaitaire : les chiffres en vigueur en 2026

Entre professionnels, les pénalités de retard sont automatiques dès le lendemain de l'échéance, sans qu'une mise en demeure soit nécessaire. Le taux applicable ne peut être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal semestriel. Pour le second semestre 2026, l'arrêté du 26 juin 2026 fixe le taux d'intérêt légal à 2,75 % pour les créances entre professionnels, portant le plancher légal des pénalités de retard à 8,25 %, contre 7,86 % au premier semestre. À défaut de mention contraire dans les CGV, c'est le taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points qui s'applique par défaut, généralement plus élevé que le plancher légal.

À ces pénalités s'ajoute une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture impayée, due de plein droit entre professionnels dès le premier jour de retard, indépendamment du montant de la créance. Cette indemnité de 40 euros reste inchangée depuis plusieurs semestres et doit impérativement figurer, comme le taux de pénalité, sur les factures et les conditions générales de vente ; son absence expose l'entreprise à des sanctions. Elle ne s'applique en revanche pas aux transactions avec un client particulier, où les pénalités ne sont dues que si elles ont été expressément prévues au contrat.

Injonction de payer : la voie judiciaire simplifiée et peu coûteuse

Si la mise en demeure reste sans effet, l'injonction de payer est la procédure la plus rapide et la moins onéreuse pour obtenir un titre exécutoire. Il s'agit d'une procédure judiciaire non contradictoire : le juge statue sur pièces, sans audience, à partir de la facture, du contrat ou du bon de commande, de la preuve de livraison ou d'exécution, et de la mise en demeure préalable. La créance doit être certaine, liquide et exigible pour que la requête soit recevable.

Devant le tribunal judiciaire, la procédure est gratuite ; devant le tribunal de commerce, des frais de greffe d'un montant de 33,47 euros doivent être réglés par le créancier dans les 15 jours suivant la présentation de la requête. Une fois l'ordonnance rendue, elle doit être signifiée au débiteur, qui dispose d'un mois pour faire opposition à compter de la signification ; sans réaction, l'ordonnance devient un titre exécutoire permettant les saisies. Pour les créances inférieures à 5 000 euros, la procédure simplifiée de recouvrement peut également être envisagée avant d'engager une action plus lourde comme le référé-provision ou l'assignation en paiement.

Ce qu'il faut retenir avant d'agir

  • Mentionner systématiquement le délai de paiement, le taux de pénalité (8,25 % minimum au 2e semestre 2026) et l'indemnité de 40 € sur chaque facture et dans les CGV.
  • Relancer par étapes graduées : appel, email, courrier, avant la mise en demeure formelle.
  • Conserver toutes les preuves : devis signé, bon de commande, preuve de livraison ou d'exécution, échanges de relance.
  • N'engager l'injonction de payer qu'après une mise en demeure restée sans réponse et pour une créance non contestée.

Questions fréquentes

Quel est le délai maximum de paiement entre professionnels en 2026 ?

À défaut d'accord, le délai légal est de 30 jours ; les parties peuvent convenir d'un délai différent sans dépasser 60 jours, ou 45 jours fin de mois, à compter de l'émission de la facture.

L'indemnité forfaitaire de 40 euros est-elle automatique ?

Oui, entre professionnels, elle est due de plein droit dès le premier jour de retard, par facture impayée, en plus des pénalités de retard calculées au taux prévu aux CGV ou, à défaut, au taux BCE majoré de 10 points.

Faut-il obligatoirement envoyer une mise en demeure avant de saisir la justice ?

Oui : la lettre de mise en demeure restée sans réponse est une condition de recevabilité pour engager ensuite une procédure d'injonction de payer devant le tribunal compétent.

Combien coûte une injonction de payer ?

La procédure est gratuite devant le tribunal judiciaire ; devant le tribunal de commerce, des frais de greffe de 33,47 euros sont dus par le créancier dans les 15 jours suivant le dépôt de la requête.

Quel est le délai de prescription pour réclamer une facture impayée ?

Le délai de prescription est de 5 ans lorsque la facture est adressée à un professionnel, et de 2 ans lorsqu'elle est adressée à un particulier.

Sources

  1. Taux d'intérêt légal 2e semestre 2026 : pénalités de retard à 8,25% — SeDomicilier
  2. Comment engager une procédure d'injonction de payer ? — Assistant-juridique.fr
  3. Mise en demeure de payer : un outil efficace de recouvrement — Coface
  4. Recouvrement de dettes en France : injonction de payer et procédure simplifiée — Service-Public.fr
  5. L'injonction de payer : les étapes à suivre en 2026 — Legalstart

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